30 novembre 2017

La recluse de Wildfell Hall, d'Anne Brontë


Ce roman est l'objet d'une lecture commune avec d'autres membres de Livraddict, et je dois avouer que j'ai hâte de lire leurs avis, car le mien est assez tranché...


Résumé :

Lorsqu'en ce dix-neuvième siècle, une jeune femme étrangère vient s'installer avec son jeune fils dans le manoir reculé et presque insalubre de Wildfell Hall, les membres de la bonne société du village frétillent de curiosité. Malheureusement Madame Graham ne semblent pas apprécier les visites et ne fournit aucune information sur son passé, s'attirant l'animosité de ses voisines. Cela n'empêche pas le jeune Gilbert Markham de tomber amoureux d'elle... mais les plus folles rumeurs courent sur son compte. Qui est cette jeune femme mystérieuse et pourquoi vit-elle si seule?


Mon avis :

Après avoir raté de peu une élection comme lecture du Book Club de Livraddict, ce roman a été proposé en lecture commune, et je me suis jetée sur l'occasion. Ça faisait longtemps que je voulais le lire : étant donné que les oeuvres les plus célèbres des deux autres soeurs Brontë, Jane Eyre et Les Hauts de Hurle-Vent, font partie de mes romans préférés toutes catégories confondues, j'avais très envie de découvrir la contribution de la soeur cadette, Anne. Je savais qu'il était moins célèbre que les autres et je m'étais efforcée de baisser mes attentes, d'autant plus que la préface de mon édition (en anglais) pourrait se résumer à "c'est pas terrible mais bon, la pauvre Anne, il faut quand même lui donner sa chance". Je dois avouer que dans le genre préface, j'ai lu plus enthousiasmant...

J'ai donc tourné les premières pages de ce roman avec un préjugé niveau "ça ne va pas être un chef d'oeuvre mais je vais sûrement passer un bon moment". Et là, autant vous le dire tout de suite : j'ai malheureusement subi une grosse déception.

Déjà, j'ai bien l'impression que la version que j'ai lue, la version ebook VO gratuite sur Amazon (la version originale du roman est dans le domaine public), a été tronquée de ses premières pages. On a droit à un roman épistolaire mais on ne sait pas à qui l'auteur s'adresse ni pourquoi il lui écrit. De toutes façons, je dois avouer que même avec ces informations (qui ne m'ont franchement pas manqué au final), je me demande bien pourquoi il était nécessaire d'utiliser la forme épistolaire. Au final il n'y a qu'un seul narrateur, une série de lettres très longues qui apparemment ont toutes été écrites à la suite et après les faits, et en plus, à l'intérieur des lettres, on a également une grande partie qui est la reproduction d'un journal intime ou de plusieurs autres lettres. Un roman directement à la première personne aurait été plus simple et le format épistolaire ne sert absolument à rien, il me semble.

Ensuite, gros souci : j'ai détesté le narrateur. Il est violent, arrogant, irascible, s'énerve pour un rien, superficiel, tombe amoureux sans trop de raisons, n'a aucun respect pour sa famille ou ses amis, sait reconnaître ce qui est moral et bon mais ne se gêne pas pour faire l'inverse, bref, c'est un vrai beau sale type. A partir du moment où le roman implique une bonne partie d'histoire d'amour où il est le protagoniste, c'est d'autant plus gênant, parce que je ne pouvais pas comprendre comment on pourrait tomber amoureux de lui. Et le pire c'est que je ne pense pas que ce soit le but de l'auteur, une critique déguisée avec plusieurs niveaux de compréhension. Juste un accident : elle voulait probablement décrire un homme un peu tumultueux mais gentil et sincère, j'y ai vu un homme détestable et dangereux.

En fait, j'ai détesté tous les personnages. C'est un peu dur, je sais, mais je n'y peux rien. Au début j'avais un peu pitié de cette pauvre Helen Graham, tombée dans un nid de vipère et immédiatement critiquée dans son dos parce qu'elle préfère vivre sa vie dans son coin et qu'elle a une facon un peu différente d'élever son fils (des idées aussi extravagantes que passer une bonne partie de son temps avec lui ou refuser de lui donner de l'alcool - il a cinq ans le gamin - je sais, c'est une autre époque). Mais quand on en apprend plus sur son histoire, elle devient une jeune femme hautaine, bien élevée et intelligente mais qui pour la décision la plus importante de sa vie refuse d'écouter les bons conseils, et puis une petite épouse parfaite, trop parfaite, la vraie sainte pleine de principes (très religieux). Elle n'est pas détestable mais disons que c'est difficile de ressentir la vraie sympathie que j'ai ressentie pour Jane Eyre, par exemple. Les personnages secondaires varient entre l'inintéressant, la vipère et le gros mou, sans beaucoup de nuances et surtout sans l'humour qui permet à Jane Austen, par exemple, de nous faire rire des pires personnages.

Vous allez me dire : ok les personnages sont pas terribles, est-ce l'intrigue qui sauve ce livre ?  Non, malheureusement !  Au début on a un mystère qui traîne, traîne et traîne, puis quand il se résout (brusquement et via le truc assez éculé du journal intime soudainement révélé), ce qu'il s'y passe est assez prévisible. Jusqu'à la fin j'ai espéré que ce drame évite la conclusion à l'eau de rose, mais non. Le seul moment où j'ai réussi à ne pas lire en diagonale (j'avoue que j'ai vite accéléré ma lecture après les quelques premiers chapitres), c'est le passage de la déchéance d'Arthur Huntingdon. Il serait modelé sur la déchéance du frère Brontë, Branwell, et on sent le réalisme et la douleur dans la description de cet homme pas mauvais, mais faible, et qui s'auto-détruit. Mais pour le reste... La fin de son histoire à lui est d'ailleurs franchement ridicule.

Qu'est-ce qu'il reste alors pour sauver ce roman dans mon estime ?  C'est simple : l'aspect critique sociale et féministe. Il a malheureusement beaucoup vieilli et le lecteur d'aujourd'hui a du mal à se représenter le courage qu'il a fallu à Helen pour enfreindre les conventions sociales (et la loi !), même dans la pire des situations. Ceci dit justement l'auteur insiste tellement pour faire d'Helen une sainte qui n'avait pas d'autre choix, qui se sacrifie par altruisme pour sauver son fils, et pour faire d'Arthur Huntingdon le monstre parfait qui brise toutes les règles, que ça en devient trop. Ceci dit, en tant que femme moderne, on sort de cette lecture très heureuse de ne pas vivre à une époque où les femmes devaient tout subir de la part de leur époux, comme c'est le cas ici.

Bref, franchement, une grosse déception. Je comprends qu'il ait pu être très subversif à l'époque où il a été écrit, mais c'est un roman que j'ai trouvé vieilli, et à côté de ceux des autres soeurs Brontë, il fait pâle figure. Je suis cependant heureuse de l'avoir lu, histoire d'avoir pu me faire un avis. 


Pour en savoir plus :
- les avis de mes co-lecteurs.ices : à venir


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